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Le Mot du président Section des Éleveurs Aquariophile du mois Petites Annonces Articles: DES OEUFS ASSEZ SPÉCIAUX ORANGE CHROMIDE |
Le Monde Aquatique Novembre 2005 - vol 35 DES ŒUFS ASSEZ SPÉCIAUX Le Monde Aquatique, Novembre 2005, vol-35, Par ; Pierre-Paul Bilodeau, Membre de l'Association Rég. des Aquariophiles de Québec. Vous connaissez sans doute la famille des Cyprinodontidae que l'on appelle familièrement les Killies. Je me propose, dans l'article qui suit, de vous faire partager les connaissances que j'ai acquises sur le développement et la conservation de leurs œufs, plus particulièrement des annuels et des semi-annuels (ceux dont on dit qu'ils pondent au sol). Signalons d'abord que les Killies ne pondent pas leurs œufs en une seule fois, comme la plupart des poissons, mais bien quelques un par ci par là chaque jour, et ce qu'ils soient des annuels ou non. Cependant en aquarium, en séparant les reproducteurs et avec une bonne diète, on peut obtenir, étalé sur quatre jours environ, des pontes journalières assez importantes. En milieu naturel, les annuels pondent au fond des mares, dans la boue. Il s'opère dès après la ponte, quelques légères modifications à l'intérieur de l'œuf puis tout s'arrête faute d'air. Par cet arrêt, l'œuf entre dans la diapause de l'œuf au repos. Lors de l'assèchement de la mare, du fait des grandes variations de température (10 à 20°C) entre le jour et la nuit, le sol poreux (ou plutôt l'air qu'il contient) subit une série d'expansion et de contraction qui y amène régulièrement de l'air frais. Avec cet apport d'oxygène, un certain nombre " d'œufs au repos " vont continuer leur développement jusqu'à la diapause de " l'embryon au repos " tandis que certains d'entre eux n'y entreront pas, poursuivant leur développement jusqu'à la dernière diapause, celle de " l'alevin au repos ". Ainsi à la fin de la sécheresse, il y aura dans le sol des œufs dans chacune des trois diapauses et seuls ceux de la dernière (alevin au repos) pourront éclore avec le retour de l'eau dans la mare. Donc lorsque les pluies débuteront ( de façon torrentielle sous ces latitudes), les œufs subiront une brusque diminution d'air, ce qui déclenchera l'éclosion des alevins au repos, mais ne nuira nullement à ceux des deux autres diapauses. Si cette pluie soudaine arrive hors saison et que l'étang s'assèche de nouveau, certains des œufs restant poursuivront alors leur développement et seront prêts pour la prochaine pluie. C'est un système complexe qui garantit la survie de l'espèce face aux caprices de Dame Nature. Voilà pour les annuels. Quand aux autres, il faut distinguer deux groupes : les semi-annuel et les non-annuel. Quelques mots sur ces derniers : en nature, ils ne subissent ni assèchement ni diapause, leur développement est ininterrompu. Ils conservent cependant quelques traits de famille, à savoir que leurs œufs sont très résistants à l'effort mécanique (on peut les prendre entre ses doigts) et à la sécheresse (certains killiphiles les conservent dans de la tourbe durant l'incubation). En ce qui concerne les semi-annuel, ils pondent aussi bien au sol que dans les plantes. S'il n'y a pas de sécheresse, tout se passe comme chez les non-annuel, s'il y en a une, les œufs dans le sol (en première diapause), poursuivront leur développement comme chez les annuel. La période d'assèchement peut dès lors être plus longue que la période d'incubation mais ne peut durer aussi longtemps que chez les annuel, sauf peut-être pour le Notobranchius guentheri. Le processus de développement des œufs est régi principalement par l'oxygène disponible à l'œuf, et par l'humidité du substrat, ce qui peut aller d'un milieu complètement saturé d'eau à un milieu légèrement humide. Ainsi les deux premières diapauses (arrêt du développement et hibernation) s'effectuent parce que les œufs n'ont pas assez d'oxygène pour continuer leur développement. Dès lors, c'est la quantité d'oxygène disponible qui régit la poursuite du développement de l'œuf après chacune des deux premières diapauses. La troisième diapause elle est régie par le passage soudain d'un milieu riche en oxygène à un milieu pauvre en oxygène. Quand au fait induisant cette troisième diapause chez les annuels, c'est le complet développement de l'alevin devenu " alevin au repos ". Cependant que pour les semi-annuel, voir même les non-annuel (incubation artificielle), cette diapause n'est induite que si, en plus d'un alevin à l'intérieur de l'œuf, il y a absence d'eau autour de cet œuf (ne pas confondre avec l'humidité qui elle est nécessaire). En nature, les variations de température ne semblent pas influencer la durée de l'incubation, ce qui n'est pas toujours le cas en captivité. Les aquariophiles utilisent différents substrats de ponte et d'incubation : tourbe, sable, laine synthétique, petite perle de verre, éponge,... La tourbe est le seul médium qui se rapproche du naturel ; le déroulement de l'incubation peut différer selon le médium employé, les diverses phases de développement et de diapause resteront les mêmes mais leur enchaînement et leur " vitesse d'exécution " sont tributaires des conditions du milieu : oxygène, humidité et température... Il y a des méthodes pour accélérer le développement des œufs (des annuels) et de ce fait raccourcir la période de séchage. Markis et Langton font état d'une méthode consistant en une incubation sous eau à 80°F jusqu'à l'apparition de l'embryon, suivie d'un séjour ,dans la tourbe à humidité contrôlée, de trois à six semaines selon l'espèce. Cependant le gain de temps se fait au détriment du rendement. Selon Leibel, cette méthode résulte en un nombre élevé de rampants (belly sliders), poissons dont la vessie natatoire est défectueuse. On doit tenir compte de la longueur de la période de séchage des œufs mais importe aussi la méthode employée. On peut les faire incuber sur une éponge humide placée dans un contenant de plastique fermé hermétiquement, ce milieu "aéré " est moins propice aux moisissures et bactéries ennemies de l'œuf ; les œufs restant visibles, il est facile de suivre le développement embryonnaire et de retirer ceux qui moisiraient. Il faut s'assurer que l'éponge reste continuellement humide et veiller à ce que les œufs ne s'enfoncent pas dans les alvéoles. On peut remplacer l'éponge par de la tourbe façonnée en galette à la surface lisse dans la mesure du possible. La méthode de " séchage " la plus répandue reste le stockage dans la tourbe humide. La tourbe a de nombreux avantages : elle est opaque et certains œufs sont photosensibles (affectés par la lumière); elle est souple, retient l'humidité et laisse passer l'air ; elle possède certaines propriétés fongicides et bactéricides, et enfin, les poissons y pondent volontiers. Certains utilisent la tourbe de la manière dite " naturelle " : on laisse les reproducteurs dans le bac garni de tourbe jusqu'à leur mort naturelle, on siphonne alors le plus d'eau possible et on laisse s'évaporer le reste. Quand la tourbe atteint le taux de séchage(d'humidité) désiré, on recouvre le bac le plus hermétiquement possible. La présence d'une légère buée sur les vitres indique que la tourbe est assez humide pour permettre la survie des œufs. Quand la période d'assèchement est écoulée, on ajoute juste assez d'eau pour submerger la tourbe. Tous les œufs devraient éclore en 24 heures, on augmente ensuite, d'un demi pouce par jour, le niveau d'eau. On peut aussi prélever la tourbe, bourrée d'œufs, et l'entreposer dans des contenants hermétiques ; ce qui libére le bac... Roger W. Langton, dans le numéro 12(6)1979 du Journal of the American Killifish Association, propose un système de classification numérique de l'humidité de la tourbe. On sait combien est empirique la notion habituelle de " tabac à pipe frais " et de plus, le degré d'humidité souhaité n'est pas le même pour toutes les espèces. Donc la tourbe serait numérotée de 1 à 5 comme suit : #5 - La tourbe est saturée d'eau, si on en ajoute, elle s'en écoule aussitôt. #4 - On compresse la tourbe #5; on pourrait l'essorrer un peu plus mais peu d'eau en sortirait. #3 - Comme en #4, mais jusqu'à ce qu'il ne s'écoule plus d'eau. #2 - Comme en #3, mais on laisse sécher plusieurs heures sur papier journal avant d'empaqueter. #1 - La tourbe est presque sèche, à peine humide, comme de la tourbe à usage horticole. L'auteur énumère quelques espèces correspondant aux critères énoncés : #5, Aphyosemion filamentosum, A. arnoldi, (semi-annuel). #4, Cynolebias nigripinnis. #3, Notobranchius guentheri. #2, plusieurs espèces de Notobranchius. #1, peu d'espèces, probablement à fin de classification. Vous avez pu constater que les œufs de Killies (et l'embryon) sont assez spéciaux, d'autant plus que le pH et le DH n'ont guère d'influence pour autant qu'ils ne se situent pas dans les extrêmes(spécialement chez les annuels). Cependant malgré cette grande adaptabilité, on obtient les sujets les plus robustes et colorés quand on reproduit autant que possible, les conditions naturelles. J'espère avoir suscité chez vous de l'intérêt pour ces poissons dont la reproduction (plus ou moins facile selon les espèces) est vraiment particulière, voire unique. ORANGE CHROMIDE Le Monde Aquatique, Novembre 2005, vol-35, Par ; Paul V. Loiselle F.A. M.A. juin 1978. Traduction Guy Hamel, Membre de l'Association Rég. des Aquariophiles de Québec. Avec l'arrivée sur le marché des cichlidés des lacs du Rift Africain, la popularité de cette grande famille a augmenté, mais malheureusement plusieurs aquariophiles considèrent maintenant ces nouveaux venus africains comme les seuls cichlidés méritant leur attention. Pourtant, plusieurs classiques sont tout autant intéressants que les cichlidés du Malawi ou du Tanganyika. L'Orange Chromide, Etroplus maculatus en est un parfait exemple. C'est le représentant le plus connu des Etroplids, famille comprenant deux genres : Etroplus et Paretroplus. Ces derniers sont endémiques aux îles de Madagascar alors que les premiers se trouvent dans le sud du sous-continent indien et sur l'île de Sri Lanka. Jusqu'à date aucune des espèces de Paretroplus n'a été importé. Deux des trois espèces d'Etroplus se retrouvent en aquarium depuis 1905 : E. maculatus et E. suratensis. La popularité durable de l'Orange Chromide n'est pas étonnante, ce petit cichlidé ayant toutes les qualités du poisson d'aquarium idéal. La taille maximum des spécimens mâles sauvages est de 6.5 cm , les femelles devenant un peu moins grandes. En fait on peut considérer cette espèce comme un cichlidé nain. Sa taille modeste et son tempérament relativement peu agressif se conjuguent avec un entretien facile et un comportement reproductif fascinant. Peu de poissons d'aquarium réussissent à combiner tant de qualités dans un emballage si coloré. Ceux qui n'ont vu ce poisson que dans les bacs dénudés de certaines animaleries resteront sceptique à la description de vivement coloré que j'en fais, car dans des conditions qui ne lui plaisent pas, sa couleur est olive gris quelconque, teinté de violet dans le haut du corps. Alors que dans de bonnes conditions, sa couleur orange satisfera même les plus exigeants. Une nouvelle variété encore plus belle vient d'apparaître. C'est une variété oligomélanique, ou doré, qui a perdu toute pigmentation noire sauf dans l'œil. Appelé RED CHROMIDES, leur production de masse a commencé à Singapour, ils sont apparus en Amérique à la fin de 1976. En nature, Etroplus maculatus se retrouve dans des habitats très variés, du lagon d'eau saumâtre, au marais ou au cours d'eau douce. Il n'est donc pas difficile de lui procurer un milieu acceptable en captivité. Le paramètre environnemental le plus important pour maintenir cette espèce est la température de l'eau. La composition chimique de l'eau importe moins que sa température. Ils n'aiment pas les températures fraîches, et semblent mal à l'aise à des températures plus basses que 25°C; ils sont à leur mieux entre 27° et 30°C, et supportent sans problème des températures de 33°C, ce qui ne surprend pas d'une espèce qui réussit à survivre dans les rizières! L'espèce accepte de l'eau douce tamponnée à un pH alcalin ou de l'eau saumâtre jusqu'à 25% de la salinité de l'eau de mer. Les conditions du lac Malawi lui conviennent très bien. Comme tous les cichlidés, les Etroplus tolèrent mal l'accumulation de déchets métabolique dans leur environnement, et apprécient donc des changements d'eau réguliers, jusqu'à la moitié du volume du bac par semaine. L'Orange Chromide est facile à nourrir, il mange de tout. Partiellement herbivore, l'intensité de ses couleurs diminuera si on ne lui fournit pas des aliments végétaux. Ceci est encore plus vrai pour la variété oligomélanique. Si on ne satisfait pas ce besoin, ils se serviront eux-mêmes dans les plantes disponibles. Etroplus maculatus est modérément agressif envers ses congénères, et peu agressif envers les poissons d'autres espèces trop grandes pour être avalées. Plusieurs paires peuvent cohabiter plus ou moins harmonieusement dans un aquarium de 80 l, mais ils seront plus à l'aise par couple dans un bac de 60 litres. Ces poissons peuvent se défendre dans une communauté de gros cichlidés, mais ils ne réussiront pas à se reproduire avec succès dans un tel milieu. Avec un abri approprié, ils réussiront à défendre leurs œufs et très jeunes alevins mais ne pourront surmonter les difficultés que présentent la défense d'alevins en nage libre. Les différences sexuelles sont subtiles. Les mâles sont légèrement plus gros, ils ont une marque rouge dans la partie supérieure de l'œil, cette marque est absente chez les femelles. Les bouts des rebords inférieurs et supérieurs de la caudale des femelles sont blancs iridescent. Un examen soigneux de quelques minutes devrait permettre de choisir un couple dans un groupe. Leur parade amoureuse est complexe et prolongée. Le déménagement de gravier en fait partie intégrante, on ne devrait donc pas les installer dans un bac nu. Les couples se forment sans trop de bagarres quand on laisse les partenaires se choisir à l'intérieur d'un petit groupe. Quand une paire commence à être agressive avec ses colocataires, on peut l'isoler dans un bac. Il est alors préférable d'installer avec eux des vivipares qui serviront de cible à l'agressivité qu'autrement les partenaires dirigeraient l'un vers l'autre. Leur sites de ponte préférés sont des surfaces verticales ou inclinées encloses par des rebords. Un pot à fleur couché sur le côté convient parfaitement. Si on le remplit partiellement de gravier, on satisfait en plus leur besoin de creuser, et le temps qu'ils le vident, un lien de couple devrait s'être noué et la ponte être imminente. Les deux parents s'occupent des œufs de forme elliptique mais le mâle les ventile un peu plus que sa compagne. 72 heures après la ponte, ils mâchonnent les œufs pour aider les petits à en sortir. Ils les installent alors dans des dépressions qu'ils avaient creusées dans le gravier. À 30°C, la nage libre commence après quatre jours. Des nauplii d'artémias sont une première nourriture adéquate, mais on devrait les laisser avec leurs parents pour qu'ils puissent en brouter le mucus ce qui leur assurera un développement optimal. On peut élever les Orange Chromide loin de leurs parents sans problèmes, mais leur taux de survie est alors moindre. Etroplus maculatus occupe une position intermédiaire dans les espèces où le broutage de mucus existe ; entre le Discus dont les alevins ont besoin de mucus parental pour survivre et les espèces telles que le cichlidé de Midas, Cichlasoma citrinellum, où cet aliment est facultatif. Ce sont de bons parents qui défendent vigoureusement leurs alevins jusqu'à quatre mois en nature, d'après le Dr. Jack Ward qui a étudié leur comportement au Sri Lanka. En aquarium, cette période dure habituellement de quatre à six semaines. Avec des soins appropriés, la croissance est plutôt rapide. La maturité sexuelle est atteinte en de quatre à six mois. Etroplus maculatus est un petit cichlidé coloré facile à élever et à reproduire dont le comportement est fascinant à observer, que vous décidiez de travailler avec la variété sauvage ou la nouvelle variété dorée, je vous assure que ça en vaut la peine. |
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