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STEATOCRANUS CASUARIUS

Le Monocirrhus polyacanthus (poisson-feuille)

Poisson d'eau, poisson d'air

Le Monde Aquatique
Mai 2003 - vol 33


STEATOCRANUS CASUARIUS

Le Monde Aquatique, Mai 2003, vol-33, p. 8.
Par ; Éric Néron,
Membre de l'Association Rég. des Aquariophiles de Québec.


Le Buffalo Head est une espèce très intéressante à observer.
De nature peu agressive, il convient parfaitement à un bac communautaire. L'aquarium peut être bien planté avec des amas de roches pour qu'il puisse se cacher. En milieu naturel on le retrouve dans le cours inférieur du fleuve Congo et de ses affluents au fort courant. Son nom est d'origine grecque : "steato" veux dire graisse et "cranium" crane, donc ses amas de graisse sur le dessus de la tête lui ont valu son nom. Pour différencier le mâle de la femelle, le mâle a la bosse plus prononcée, les nageoires dorsales et anales dépassent souvent la caudale et il est plus gros et plus grand que la femelle. Le mâle peut attendre 11 cm et la femelle 9 cm. Cette espèce est un pondeur sur substrat caché. La femelle dépose ses oeufs sur des galets ou sur les flancs de grottes. Le couple est monogame et stable, si le mâle perd sa femelle, il restera seul tandis que si la femelle perd son mâle, il y a des chances pour qu'elle choisisse un autre mâle. Lorsque la reproduction est accomplie les oeufs prennent six jours à éclore. Après éclosion il se passe environ six jours avant que le sac vitellin ne se résorbe. Les couples ne protégent guère leurs alevins car dans la nature ils sont souvent transportés par les forts courants. Ils se tiennent dans le bas de l'aquarium le ventre collé sur le gravier ou les roches qui se retrouvent à l'intérieur de leur territoire.
En aquarium ils sont faciles à garder et à reproduire. Ils sont peu sensibles aux variations de températures et ne nécessitent pas une eau parfaite (eau légèrement dure à acide). Cette espèce est plutôt timide donc il est préférable de lui faire plusieurs cachettes soit avec des roches, noix de coco ou des pots à fleur en terre cuite, le bac peut-être bien planter avec des plantes semi-rigides à rigides. De croissance assez rapide il est donc plus facile de reconnaître les couples qui se forment, cependant il est préférable de le placer avec des poissons peu agressifs.



Le Monocirrhus polyacanthus (poisson-feuille)

Le Monde Aquatique, Mai 2003, vol-33, p. 12.
Par ; Louise Lavallée,
Membre de l'Association Rég. des Aquariophiles de Québec.


Après avoir vendu mes poissons-feuilles à votre Super Encan d'avril, j'ai pensé vous faire connaître davantage ce poisson sud-américain appartenant à la famille des " nandidés ". Mon aventure avec ceux-ci a débuté fin novembre 2000 lorsque j'ai fait l'acquisition d'un couple dans le but de les reproduire. Certes, je ne savais pas tout ce qui m'attendait…Quel poisson bizarre! Pas très sympathique au premier coup d'œil, mais on s'y habitue assez vite.

Le look
Le Monocirrhus polyacanthus est appelé poisson-feuille à cause de sa ressemblance avec une feuille morte, aussi bien par ses couleurs que par sa forme. Son corps est élevé et très mince. Sa grosse tête occupe la moitié de son corps et se termine par un long museau effilé. Quand à sa bouche, ne vous fiez pas aux apparences. Très fine et repliée au repos, elle ne laisse rien paraître de la taille impressionnante qu'elle adopte lorsque vient le temps de se nourrir. Protractile, elle s'ouvre tel un vaste gouffre pour aspirer toute proie susceptible d'être ingérée. Une excroissance carnée, semblable à un leurre, est présente sur la lèvre inférieure. Les nageoires dorsales et anales s'implantent sur une large partie du corps et sont constituées de petits rayons épineux érectiles. La caudale, en forme de peigne, est peu développée. Les nageoires pelviennes, courtes et larges, sont presque toujours rabattues près de son corps. Le dimorphisme sexuel n'est pas apparent. Le poisson-feuille est capable de changer de couleur instantanément pour s'adapter au décor.
Jaunâtre ou brunâtre marbré, c'est le roi du camouflage. Mesurant près de 10 cm, à l'âge adulte, on ne peut le confondre avec aucune autre espèce de poisson, il est unique.

Le comportement
J'avais réservé un aquarium spécifique pour mes nouveaux pensionnaires car ce sont des prédateurs. Un 20 gallons densément planté (Echinodorus cordifolius, Echinodorus amazonicus, Anubias barteri) avec une température à 25 o et un pH légèrement acide leur convenait très bien et ils s'y sont vite adaptés.
Tous les deux avaient la même taille et c'est la couleur qui me permettait de les distinguer. Le mâle était brun foncé la plupart du temps; occasionnellement il devenait beige lors des changements d'eau. Quant à la femelle, elle était toujours d'un beau jaune doré. Ces poissons sont calmes et la plupart du temps immobiles. Ils se positionnent à 45o, la tête dirigée vers le bas parmi les plantes. Ils se déplacent toujours lentement et quelques fois ils se laissent flotter à la surface. Au début, il m'arrivait de vérifier si l'un d'eux n'était pas mort lorsqu'il adoptait cette position.

L'alimentation
Nourrir ces poissons peut vite devenir problématique et dispendieux. Premièrement, ils n'acceptent rien d'autre que la nourriture vivante. J'ai essayé différentes nourritures sèches et congelées mais sans succès. Deuxièmement, ce sont des ogres. Ils sont capables d'ingérer des proies atteignant la moitié de leur taille en une seule bouchée. Il faut dire aussi qu'ils ont une façon bien particulière de capturer leurs victimes. Ils s'en approchent tout doucement, se laissant glisser à l'horizontale jusqu'à ce qu'ils soient assez près et, en une fraction de seconde, leur gueule effilée s'étire et s'élargit pour devenir un aspirateur ambulant. Je n'exagère rien et leur geste est tellement rapide et précis, que rarement ils ne ratent leurs proies.
Au début, je nourrissais avec des " feeders " achetés à l'animalerie. Belle grosse cochonnerie! Des poissons tarés, transporteurs de maladies… J'ai vite compris qu'il me fallait devenir mon propre fournisseur de bouffe. Je me suis donc mise à la recherche d'un couple de cichlidés. Certaines espèces peuvent pondre plusieurs centaines d'œufs qui deviendront des centaines de bouchées pour mes poissons. C'est ce que j'aurais dû faire dans un premier temps : acquérir les cichlidés avant l'achat des poissons feuilles mais… Je me suis finalement trouvé un couple de Cichlasoma dimerus qui pondaient régulièrement et me donnaient des centaines d'alevins. Nourris aux artémias dès la nage libre, ils grossissaient assez vite et devenaient des bouchées intéressantes pour mes ogres. Je dois dire aussi qu'occasionnellement les poissons feuilles peuvent passer quelques jours sans manger.

La reproduction
Est-ce difficile de déclencher une ponte? Pas vraiment si on possède un couple mature et qu'on leur donne des conditions d'eau et un environnement se rapprochant de leur biotope. Une eau douce et un peu acide s'obtient facilement en ajoutant de la tourbe dans notre filtre et en remplaçant régulièrement le tiers du volume d'eau par de l'eau distillée. Évidemment, il leur faut aussi une plante à larges feuilles pour y déposer leurs œufs. Nourris quotidiennement pendant une semaine, mon couple pondait sans problème. De l'Anubias barteri à la plante melon, il y avait régulièrement des œufs sous une feuille. Il pouvait pondre jusqu'à 3 fois par mois environ 200 œufs à chaque fois.
Comment se déroule le frai? Toujours de la même façon. Une journée ou deux avant la ponte, le mâle passe la majorité de son temps sous une feuille qu'il nettoie avec soin. Il courtise ensuite la femelle en frétillant près d'elle, ouvrant son immense bouche et sa coloration s'assombrit au maximum. Il invite la demoiselle à le suivre sous la feuille. Le couple nage alors côte à côte jusqu'au lieu de ponte. La femelle se poste sous la feuille, ventre en l'air et libère les œufs que le mâle féconde par un tremblement caractéristique. Elle revient en fixer d'autres et le cycle recommence. Cela dure environ trois heures et jamais la femelle n'est agressée.

Les oeufs
Les œufs souvent pondus en grappes se détachent de la feuille après 3 ou 4 jours. C'est le mâle qui en assure la surveillance jusqu'à l'éclosion. Il se positionne à l'horizontale sous la feuille et se tient tellement près d'eux pour les ventiler, qu'il lui arrive souvent d'en faire tomber ou même d'en avoir quelques-uns uns de collés sur la tête. La femelle se tient à l'écart et laisse le mâle faire son travail.
Les aquariophiles d'expérience le savent bien, laisser la nature faire n'est pas toujours la meilleure façon de mener à terme une reproduction. À plusieurs reprises j'ai laissé les œufs éclore dans le bac, et à chaque fois j'ai cherché en vain des larves ou des alevins. C'est pourquoi j'ai opté pour une autre méthode : récupérer la feuille avec les œufs et les faire éclore dans un bac à part. Cela m'a pris trois récoltes avant de réussir à traverser la période embryonnaire et atteindre le stade de la nage libre. Chaque fois j'y apprenais quelque chose, ce qui me permettait de modifier ma façon de faire. Une fois les œufs récoltés, je les déposais dans une passoire à la surface d'un aquarium de 10 litres contenant la même eau que le bac de reproduction. Une pierre à air placée sous la passoire assurait une légère aération continuelle. Il faut dire que les œufs du poisson feuille dégagent une odeur particulièrement désagréable jusqu'au moment de leur éclosion. L'aération permet d'éliminer cette odeur fétide et empêche aussi le développement de champignons ce qui est fatal. On doit cesser de ventiler lorsque les œufs sont éclos (3e ou 4e jour) et les laisser achever leur développement jusqu'à la nage libre.
Les œufs du poisson-feuille mettent 9 jours avant de devenir des alevins. Avant leur éclosion, ils sont ronds, petits, transparents et odorants. À l'éclosion, leur forme se modifie, ils deviennent plats avec une petite queue bien visible. C'est la période larvaire. Au 6e jour, toutes les larves sont colorées d'un beau brun foncé. À ce stade les yeux sont gros par rapport au reste du corps. Certaines réagissent déjà aux stimulus mais ce n'est qu'au 9e jour que débute véritablement la nage libre.

L'élevage
Tout comme leurs parents, il faut prévoir la nourriture. Leur bouche étant assez grosse, ils avalent donc facilement des microvers et des artémias dès les premiers jours. Les daphnés prennent ensuite la relève. Il faut toujours être vigilant avec la taille de la nourriture distribuée. Tout ce qui bouge les attire. J'ai perdu des alevins qui avaient avalé des daphnés trop grosses. J'en ai même retrouvé un, un jour qui avait un bout de racine de plante coincée dans la bouche. J'ai essayé la nourriture congelée. Mais encore là, il faut que ça bouge. Je distribuais des daphnés congelés et j'augmentais le débit de mon Aquaclear pour les faire bouger et exciter les poissons. Ils en mangeaient même s'ils préféraient le vivant. Vers l'âge de trois mois, j'ai commencé à donner des petits alevins en guise de nourriture. J'avais un couple de convict qui pondait régulièrement et prenait la relève des dimerus. Je me suis procuré aussi des incubateurs buccaux. Bref j'étais toujours dans les œufs.
Pour conclure je dirais que le Monocirrhus est un poisson qui mérite d'être plus connu. Il est facile à garder en aquarium et s'adapte aisément. On peut l'intégrer au bac communautaire, pourvu qu'il soit avec des poissons d'une taille semblable ou supérieure à la sienne.
N'oubliez pas que c'est un piscivore.



Poisson d'eau, poisson d'air

Le Monde Aquatique, Mai 2003, vol-33, p. 16.
Par ; Camyl boulé,
Membre de l'Association Rég. des Aquariophiles de Québec.


1
Aquarium, terrarium, vivarium
Espace plein de vide
Gestuelle en apesanteur
Poisson d'eau, poisson d'air
2
Pulsion vive de vie
Mouvance en lenteur infini
Fluidité de l'énergie vitale
Poisson d'air, poisson d'eau
3
Partenaire du monde du silence
Esthétisme sans fin du geste
Jeux de la vie en mouvement
Poisson d'eau, poisson d'air
4
Respiration source de vie
Naissance, vie, mort, renaissance
Action, repos, plénitude de l'être
Poisson d'air, poisson d'eau
5
Interdépendance et solidarité
Secret partagé de l'immortalité
Vivre l'infinité du présent
Poisson d'eau, poisson d'air

Camyl boulé, professeur (sifu)

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